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Zile Rodrigues


2011
05.23

Si je n’ai écrit aucun article la semaine dernière, c’est que j’étais en voyage « d’étude » sur l’île Rodrigues pour l’article de cette semaine.

Si l’ile Maurice est connue internationalement comme une destination paradisiaque, on parle moins de sa petite soeur, l’île Rodrigues.
Dommage, car si le paradis Mauricien existe, c’est bien là bas.

Un peu d’histoire

L’île est nommée ainsi en hommage au premier européen à l’avoir abordée en 1528, Don Diego Rodriguez, qui s’en est servi comme point de ravitaillement dans la route vers l’île.

Bien sûr, après le passage des Portugais, puis des Hollandais, l’espèce endémique de l’île, le « solitaire » sorte de Dodo légèrement plus élancé, à disparu définitivement.
L’île connaît donc son premier « habitant » officiel, Oscar, resté là pour élever des tortues, afin de nourrir les marins de passage.

C’est en 1691 que va naître la première colonie sur cette île déserte. François Leguat et un groupe de 6 huguenots poussés sur les mers par les guerres de religions en France (ces guerres ont décidément eu beaucoup d’impact sur le peuplement de l’océan indien).
Je vous passe les détails qui amènent ensuite l’ile à devenir colonie française, puis à être cédée à la Grande Bretagne dans le lot « Maurice-Diégo Garcia-Agaléga-Rodrigues ».
Trop petite pour une plantation efficace de canne à sucre,  l’île est peu exploitée. On y amène quelques esclaves pour des plantations de maïs servant ravitailler l’ile Maurice.
Très peu de coolies y ont été débarqués, les habitants sont donc essentiellement les descendants des premières générations d’esclaves.

A la fin du 19ème siècle on ne comptait que 3 000 habitants sur l’île.

Dernière date qui m’a marqué : l’électricité ne s’est développée sur l’île qu’en 1970…

Petit détour touristique

plage a Rodrigues

plage a Rodrigues

Cette petite ile est située à 560 km à l’est de Maurice, donc une petite heure d’avion.
Grande d’environ 110 km², elle est entièrement entourée par une barrière de corail qui lui offre le plus grand lagon des Mascareignes. Il faut parfois plus d’une heure de bateau à marée haute pour atteindre la barrière  (à marée basse il faut emprunter des passages compliqués dans les hauts fonds, donc c’est beaucoup plus long) .

En vous rendant à Rodrigues, ne vous attendez pas à trouver un pays développé comme l’est Maurice.
L’ile est très pauvre et peu peuplée. Avec 38 000 habitants complètement isolés du reste du monde, les problèmes ne sont pas les mêmes…
N’importe quel Mauricien dit que Rodrigues, c’est Maurice il y a 20 ans. On veut bien les croire.

L’île ne compte que 4 hôtels, vides la plupart du temps.

Ici pas de risque d’embouteillages, pas de criminalité, pas de problèmes !

Si à Maurice tout est toujours compliqué, là bas tout est toujours simple !
Vous voulez vous déplacer ? Faite du stop : vous n’attendrez pas 15 min pour être ramassé avec un grand sourire.
D’ailleurs le sourire est un des éléments les plus marquants des habitants de l’île. Bourrus au premier abord, après 5 min de discutions, ce sourire ne quite plus leur visage !

Ici pas d’européens, de blancs ou d’autres conditions de ce genre. Tout le monde se fout de ce genre de choses. Vous n’aurez jamais l’impression d’être un pigeon ou un touriste. Parfois, on se demande même s’ils se rendent compte que nous ne sommes pas des Rodriguais comme les autres.

plongee ile rodrigues

Superbe spot de plongée

Il y a trois points de visites touristiques importants,

  • la « caverne patate », une caverne calcaire très bien préservée,
  • « l’île aux cocos », également appelée « l’île aux oiseaux », une ile minuscule protégée et donc envahie d’oiseaux !
    Attendez vous à profiter du cliché de l’île déserte. Un moment de pur bonheur.
  • La « marche avec les tortues ». Une sorte de crocodile Parc Rodriguais que je n’ai malheureusement pas eu le temps de visiter, je vous laisserai donc la découvrir par vous même.

L’ile est également un spot exceptionnel pour le kite surf et pour la pèche au gros et, bien sûr, la plongée sous-marine. Avis aux amateurs.

Et en sortant par l’ouest de Port Mathurin, jetez un coup d’oeil à LA prison de l’île. Les murs sont peints comme ceux d’une école et franchement difficile faire plus petit ! ça fait rêver.

Pour organiser un voyage agréable je vous conseil de contacter JP excursion, l’un des seuls tours opérateurs de l’île, très pro et toujours ponctuel : http://jpexcursion-rodrigues.com/

L’ile Rodrigues est anti-stress !

Ourite sec

Une des spécialité, l'ourite sec

Rien n’est jamais grave, rien n’est jamais pressé, tout est toujours possible.
Après 5 jours passés là bas, vous vous surprendrez  à penser que marcher 10km pour aller quelque part est tout à fais normal et vous adopterez le rythme de la randonnée locale. Environ 3km par heure… et puis on s’arrête pour discuter un peu, on repart…
Et pourtant ils sont toujours ponctuels.
Quand on leur demande comment ils font : « on part plus tôt ».

Ici pas de superflu ! On a ce qu’on a, le reste, c’est pas grave. Si on a faim on va pécher. Marre des ourites ? on a un cabri ou une vache dans le jardin.
Sur cette île, on se détache avec une incroyable facilité de ce qui n’est pas strictement nécessaire.

Au passage, je parle des vaches, présentes partout sur l’île, au bout de leur piquet et leur corde. (il leur arrive aussi de venir se promener devant les voitures et jusque sur les plages).  Pour ce qui aiment la viande de boeuf, vous pourrez enfin manger un de ces vrai steak saignant dont vous avez oublié l’existence en vous installant à Maurice.

On sent également une véritable solidarité entre les gens dans l’île. Les handicapés sont bien traités, et on sent qu’une galère ne se vit jamais seule.

J’en profite pour clore ce chapitre par une dédicace spéciale à Marie-Thérèse, la plus gentille des serveuses de Morouk Ebony.

Beaucoup plus pauvre

marché rodrigues

marché rodrigues

Attention, je ne soutiens pas que la vie est simple à Rodrigues.
Les services de santé sont minimalistes, les possibilités d’études très limités après le HSC, les salaires… à peu près 1/3 moins payés qu’à Maurice pour le même travail et pour 11 ou 12 heures de travail par jour.

Et si on parle des possibilités d’emploi… elles sont plus que limitées.

A Maurice on se moque souvent des Rodriguais qui ne comprennent pas pourquoi les Mauriciens se lavent aussi souvent, pourquoi ils gâchent autant d’eau. La chaleur est plus sèche à Rodrigues, donc on transpire moins et on moins besoin de se doucher constamment, mais surtout « l’eau courante » fonctionne une fois chaque 15 jours. Le temps de remplir les citernes des maisons. Autant dire qu’il faut économiser l’eau et que la cuisine est plus importante que les 3 douches quotidiennes.

Et pourtant, malgré ce gros écart de richesse (ou peut être grâce à lui) les Rodriguais respirent le bien être, le plaisir de vivre. La tranquillité. Ils ont en fait l’air bien plus heureux de leur vie que n’importe quel Mauricien ou pire, qu’un Européen.

Pour ce qui est des joies d’internet… il faut aller à Port Mathurin la capitale pour trouver une connexion un peu moins asthmatique que sur le reste de l’île. Mais juste de quoi envoyer un email et certainement pas de quoi travailler.

Vous l’aurez compris, Rodrigues est l’endroit idéal pour se ressourcer, pour se déstresser, pour se rappeler ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas.
Le vrai paradis sur terre, en espérant qu’il le reste le plus longtemps possible.
Et pour conclure, voici une chanson d’OSB sur cette ile merveilleuse :

En savoir plus :

Comme d’habitude, je vous conseille l’excellent article de Mysteria magazine sur l’ile Rodrigues

Et bien sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rodrigues

Pour donner envie

Chanson mauricienne de la semaine : Tikenzo – Escobar


2010
12.16

Après Monastère, un autre très bon rappeur Mauricien.
Le bad boy de plaisance nous à créé un excellent album hardcore comme je les aime.

Fortement marqué par ses séjours en prison, l’album est noir et puissant. Tikenzo nous prouve dans cet album qu’on peut trouver d’excellents rappeurs dans des pays où on ne les attend pas.

C’est du LOURD !

Chanson mauricienne de la semaine : Monastère – Fast food


2010
12.08

Ambiance hip-hop cette semaine avec les bad boys du groupe Monastère.
Le rap Mauricien, étonnant,  mais il y a quelques groupes qui assurent  !

Je ne traduirai pas les paroles de cette chanson… comprend qui peut ;-)

Aapravasi Ghat


2010
11.19
Entrée de l'Aapravasi Ghat

Entrée de l'Aapravasi Ghat, le haut lieu des exploités d'Asie à l'ile Maurice

L’Aapravasi Ghat est un des lieux les plus chargé d’histoire sur l’ile Maurice.
Toutes proportions gardées c’est un peu l’ile de Gorée, ou le Ellis Island local.

C’est le lieu d’arrivée de la seconde vague d’immigration à Maurice.
Après l’abolition de l’esclavage par les anglais, les propriétaires terriens ont trouvé une solution alternative pour ne pas trop diminuer leurs profits.
Ils ont fait venir des asiatiques sur la base de se qu’on appelle le « volontariat » ou « l’engagisme ».

Les coolies

Ces « coolies » ont vécu en réalité à peine mieux que les esclaves nouvellement libres.
Les recruteurs promettaient aux indiens des régions les plus pauvres des salaires et des conditions de vie intéressantes. Mais une fois arrivés sur place, des systèmes de dettes et de taxations  assez semblables à ce qui existe encore dans l’immigration clandestine actuelle, rendaient les ouvriers complètement dépendants de leurs employeurs.

Lorsque la main d’oeuvre volontaire n’était pas suffisante, les recruteurs n’hésitaient pas à capturer des gens, notamment des femmes, pour les amener sur les îles productrices de sucre.

Cette pratique a commencé en 1829 à Maurice et se termine en 1909. Durant cette période, environ 450 000 personnes ont subi ce régime inique.

A l’ile Maurice, les descendants de ces coolies représentent aujourd’hui près de 70% de la population.

L’abri temporaire

Escalier de l'Aapravasi Ghat

A l'inverse de la porte du voyage sans retour à Gorée, cet escalier marque l'arrivée du voyage de l'esclave

En Hindi, Aapravasi veut dire immigrés et Ghat se traduit par abri temporaire.
l’Aapravasi Ghat, situé à Trou Fanfaron, près de Port-Louis servait à recenser les nouveaux arrivants, les laver, faire les examens de santé, les trier et les loger, dans l’attente d’être « expédiés » vers leurs lieux de travail.
Il a été le tout premier lieu du genre créé par les britannique pour expérimenter le concept de travailleurs volontaires.

Laissé complètement à l’abandon pendant des années, le lieu est en cours de réhabilitation depuis 2003 et à été classé en 2006 au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Pour le moment seule une petite partie des bâtiments a pu refaire surface, l’entrée et une partie de l’hôpital.

Cette partie de l’histoire est très mal connue en France, pourtant c’est un épisode important du passé de l’ile de la Réunion.
Postérieure à la traite Africaine, c’est une page rouge sang d’un livre décidément bien long de l’histoire de l’esclavage et des colonies.

Devoir de mémoire

Tous les ans, une cérémonie officielle à lieu à l’Aapravasi Ghat pour honorer les immigrés.
Cette année elle à eu lieu mardi 2 novembre.

Quelques liens intéréssant :
> esclavage et coolies, pour un rapprochement des mémoires
> Article sur les coolies, Wikipédia

> Le patrimoine mondiale de l’unesco

> L’aapavasi Ghat, Wikipédia

> L’aapavasi Ghat, Voyage ile maurice